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Plume pas mon auteur : mobilisation au Salon de littérature jeunesse de MontreuilPlume pas mon auteur : mobilisation au Salon de littérature jeunesse de Montreuil

Samedi 2 décembre 2017, plus de 200 auteurs manifestaient à l’appel de diverses associations dans les allées du 33e Salon du Livre et de la Presse Jeunesse en Seine-Saint-Denis qui se tenait à Montreuil du 29 novembre au 4 décembre. Évènement européen phare de la littérature jeunesse avec ses 175 000 visiteurs et 450 exposants, le salon leur offrait une nouvelle occasion de sensibiliser le public et les acteurs de la chaîne du livre à la précarité de leur statut.

Samantha Bailly, présidente de La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse (collectif né en 1975 qui représente 1300 auteurs) ouvrait la marche avec notamment Valentine Goby (vice-présidente de La Charte et du Conseil Permanent des écrivains), Guillaume Nail et Nicolas Digard. "On n’est pas des pigeons. Pas d’auteurs, pas de livres, laissez-nous nos plumes pour vivre !", c’est à ces cris que les auteurs emplumés ont défilé au son des sifflets et casseroles, distribuant leurs tracts à des visiteurs tantôt amusés, tantôt médusés, ignorant le plus souvent où se situe le problème.

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L’ambiance au sein du cortège était certes bon enfant, mais les revendications portées par La Charte, la SGDL (Société des Gens de Lettres), le SNAC (Syndicat National des Auteurs et des Compositeurs), le SNAC BD (Groupement des Auteurs de Bande dessinée), le CAA (Collectif Artistes Auteurs), l’ATLF (Association des Traducteurs Littéraires de France) ou la Voix des Blogueurs (à l’origine du slogan) ne sont pas à prendre à la légère.

Édité par un groupe strasbourgeois du CAA et distribué pendant la manifestation, le livret intitulé CAA vous dirait de bosser gratos ?, rappelait les enjeux auxquels sont aujourd’hui confrontés les créateurs de ce secteur. La première difficulté concerne le manque de considération dont ils font encore l’objet. Pourtant, un auteur-illustrateur travaille (car il s’agit bien d’un métier !) en moyenne 50 heures par semaine. Il y a les activités directement liées à la création, et toutes les autres à prendre en compte : présence sur les salons (interventions ou dédicaces), comptabilité et gestion, relations avec les éditeurs…

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Bien que les choses évoluent, les auteurs de littérature jeunesse peinent davantage à être reconnus que ceux de littérature générale. Cette situation se traduit en chiffres. Un auteur est payé par l’éditeur en droits d’auteur (pourcentage sur le prix de vente hors taxes du livre). En jeunesse, l’auteur perçoit en moyenne 6 % de droits contre 10 % en littérature générale. (À partager, le cas échéant, entre l'auteur et l'illustrateur). Cette rémunération est versée sous forme d’à-valoir, une avance sur droits qui doit lui permettre de vivre pendant la période de création, soit plusieurs mois.

L’avance pour un album jeunesse est en moyenne de 2500 € brut. Si les ventes permettent de dégager des droits supérieurs à la somme versée, l’auteur perçoit un complément de rémunération. Cela arrive rarement puisque la hausse de la production éditoriale (elle a quasiment doublé entre 2000 et 2016) va de pair avec une diminution du tirage moyen des livres. En France, 20 % des auteurs vivent sous le seuil de pauvreté. (Voir ICI l’Enquête de 2016 portant sur la situation économique et sociale des auteurs du livre affiliés à l'Agessa.)

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Les auteurs-illustrateurs dénoncent leur précarisation avec d’autant plus de force que le marché du livre jeunesse se porte bien. En 2016, avec un chiffre d’affaires de 364 millions d’euros et 77 millions d’exemplaires vendus, il affichait une croissance de 5,2 % par rapport à 2015. (Voir ICI la synthèse Repères Statistiques 2016-2017 du SNE). Un livre sur cinq livres vendus est un livre jeunesse, et on ne peut nier la richesse et la qualité de la création contemporaine dans ce domaine.

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Côté pouvoirs publics, les auteurs ne se sentent pas vraiment considérés. Plusieurs mesures récentes leur ont fait craindre une fragilisation de leur statut. La réforme du régime de retraite complémentaire obligatoire des artistes et auteurs professionnels (RAAP) implique une hausse progressive de leurs cotisations. Et le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2018, leur impose une hausse de 1,7 % de la CSG qui ne sera pas compensée par la suppression de la cotisation chômage puisqu'ils n'ont paient pas.

Françoise Nyssen, ministre de la Culture, s’est emparée du dossier afin de trouver un moyen de compensation pour les auteurs qui refusent de voir leur pouvoir d’achat diminuer. Depuis quelques mois, elle n’a cessé d’affirmer, de concert avec Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, sa volonté de faire de la lecture une priorité, en particulier chez les jeunes. Il semblerait logique qu’une telle politique s’accompagne d’un soutien à la création littéraire contemporaine, qui fait souvent figure de parent pauvre au sein de la chaîne du livre.

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2017 Montreuil - Salon du livre et de la presse jeunesse © A. OuryAlbum photos du salon

 

 

 

Tag(s) : #Coups de coeur et curiosités

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