Je levai les yeux, vers le haut du mur où ce monde restait, endormi : j'ai volé mes chéries ! J'ai volé, plané et tournoyé pendant une seconde qui était longue et bonne, un siècle. Et je suis là, assise, délivrée de là-haut, délivrée de vous.

L’Astragale (Pauvert, Ed. Fayard, 1965) d’Albertine Sarrazin

 

Découvrez TRANSGRESSION – Quand l’art entre au mitard, la nouvelle exposition d'art urbain proposée par le collectif Curb dans l'ancienne prison de femmes de la Citadelle de Doullens (Somme) depuis le 15 avril 2023. « La transgression est un geste qui concerne la limite ; c’est là, en cette minceur de ligne, que se manifeste l’éclair de son passage » écrit Michel Foucault (La revue Critique, 1963), cité au début du parcours. Les artistes Madame, Alberto Ruce, Bom.k, La rouille, Softtwix, Philippe Hérard, Gunter « font dialoguer leurs œuvres uniques avec l’espace carcéral, avec l’esprit sûrement toujours présent des « filles » de Doullens. » Les mots du poète slameur Charles Louis accompagnent ces œuvres plastiques, faisant résonner entre les murs leurs voix qui se sont tues.

TRANSGRESSION et le souvenir d'Albertine Sarrazin à la Citadelle de DoullensTRANSGRESSION et le souvenir d'Albertine Sarrazin à la Citadelle de DoullensTRANSGRESSION et le souvenir d'Albertine Sarrazin à la Citadelle de Doullens
TRANSGRESSION et le souvenir d'Albertine Sarrazin à la Citadelle de DoullensTRANSGRESSION et le souvenir d'Albertine Sarrazin à la Citadelle de DoullensTRANSGRESSION et le souvenir d'Albertine Sarrazin à la Citadelle de Doullens
TRANSGRESSION et le souvenir d'Albertine Sarrazin à la Citadelle de DoullensTRANSGRESSION et le souvenir d'Albertine Sarrazin à la Citadelle de DoullensTRANSGRESSION et le souvenir d'Albertine Sarrazin à la Citadelle de Doullens

Enceinte médiévale transformée en forteresse à la demande de François Ier qui, en 1521, est en guerre contre les Espagnols, la Citadelle de Doullens devient un lieu de détention dès 1659. Elle sera tour à tour prison d’état, prison politique, maison d’arrêt, maison centrale de force et de correction pour les femmes, puis colonie pénitentiaire désignée comme école de préservation pour jeunes filles, première du genre, ouverte le 1er janvier 1895. Certaines sont enfermées pour vagabondage, homosexualité, infanticide… « On leur reprochait de nombreuses fautes. De transgresser les lois, de sortir du cadre, de déranger la règle, de remettre en question le patriarcat, la bienséance et la morale. On les obligeait à vivre en paria de la société, rejetées, séparées du reste du monde. On les rééduquait, on les redressait, on les dressait. »

 

TRANSGRESSION et le souvenir d'Albertine Sarrazin à la Citadelle de DoullensTRANSGRESSION et le souvenir d'Albertine Sarrazin à la Citadelle de DoullensTRANSGRESSION et le souvenir d'Albertine Sarrazin à la Citadelle de Doullens
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Parmi les détenues de la prison pour femmes, Albertine Sarrazin a écrit un roman devenu culte, L’astragale, qui raconte son évasion. Il est publié en 1965, en même temps que La Cavale, aux éditions Pauvert. Les deux livres rencontrent un immense succès confirmé par La traversière en 1966. Albertine écrit aussi des poèmes. Née en 1937 en Algérie, de parents inconnus, elle est placée à l'Assistance publique puis adoptée par un couple dont le mari, médecin militaire, est en fait son père biologique. Victime à dix ans d’un viol perpétré par un oncle, Albertine arrive en France avec ses parents en 1947.

Elle leur donne du fil à retordre et son père l’envoie dans une maison de correction, le Bon Pasteur à Marseille. Après son baccalauréat, elle s’enfuit à Paris, se prostitue, commet de petits larcins. Condamnée à sept ans de réclusion pour un braquage raté, elle séjourne à Fresnes avant d’être transférée à Doullens. Elle s’évade le 19 avril 1957 en sautant d'une muraille, et se casse l'astragale (un os du pied). Elle est secourue par Julien Sarrazin, un malfrat qui devient son mari. Albertine meurt le 10 juillet 1967 à Montpellier sur une table d’opération suite à une erreur d’anesthésie. L’Astragale est adapté au cinéma en 1968 par Guy Gasaril avec Marlène Jobert puis en 2015 par Brigitte Sy avec Leïla Bekhti.

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