« Lui annoncer n'est que le premier pas du long chemin qui nous attend. La sorcière est passée, il faudra maintenant lui expliquer, chaque fois qu'il en aura besoin, pourquoi sa maman ne l'attend pas à la fin de son histoire. […] Lorsque chacun sera retourné à sa vie, nous vivrons toujours avec. Cette histoire, ce sera notre histoire. La refuser serait se renier. Même si son corps osseux a la froideur d'un cadavre, son baiser le goût du sang encore chaud et ce qu'elle me murmure à l'oreille la beauté glaçante d'un requiem funèbre, je dois l'embrasser. Je dois entrer dans cette histoire. […] Nous étions juste assez lucides pour nous rendre compte de la chance que nous avions, assez fous pour tout miser dessus. Cet amour était notre trésor. […] Je pleure, lui parle, j'aimerais rester une heure encore, une journée au moins, une vie peut-être. Mais il faut la quitter. La lune doit se coucher. Le soleil, ce 16 novembre, se lève sur notre nouvel « il était une fois... ». L'histoire d'un père et d'un fils qui s'élèvent seuls, sans l'aide de l'astre auquel ils ont prêté allégeance. […] Je sors à peine de l'institut médico-légal. La voir m'a fait du bien. Ça faisait deux jours qu'elle était seule dans la nuit profonde qu'avaient fait tomber les terroristes sur Paris. La Ville Lumière s'était éteinte en même temps que ses yeux s'étaient fermés. […] Vendredi soir vous avez volé la vie d'un être d'exception, l'amour de ma vie, la mère de mon fils mais vous n'aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. […] J'aurais aimé que mon premier livre soit une histoire, et surtout pas la mienne. J'aurais voulu aimer les mots sans les craindre. Il m'est arrivé de découvrir ce que j'avais tapé sur mon clavier lorsqu'on me l'a lu. J'ai presque été surpris d'apprendre combien la vie de ces deux petits mecs allait être difficile. J'ai eu envie de les aider. Je les ai aimés aussi tous les deux. Avec leurs coccinelles, leurs petits pots, et les dames de la crèche qui ne remplaceront pas maman. »  Vous n’aurez pas ma haine (Fayard) d’Antoine Leiris

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