parfois, je n'écris pas pendant longtemps /parfois, j'écris dans de petits carnets / et je les range au fond d'un placard / parfois je mets à la corbeille ce que j'ai écrit / la nuit je rêve / et quand l'aube vient / l'aube de feuilles nouvelles et de pierres mouillées / devant mes deux enfants mêlant leur chevelure dans notre lit / je pense avec stupeur / avec douceur / à celle que je suis devenue

La voix qui s’exprime à la première personne dans le recueil de Camille Zabka, est celle d’une femme installée avec sa famille, dans une maison choisie, au cœur de la nature : « Notre maison est de ce bois-là / De pierre et de rêves ». Son quotidien s’égrène au fil de 25 poèmes qui par petites touches, témoignent à la fois de son hypersensibilité à ce qui l’entoure (la lumière, les abeilles de la ruche, le cerisier, l’étang, les réfugiés de la maison voisine) et de la richesse de sa vie intérieure. L’une fertilisant l’autre.

Sa voix est celle d’une mère qui a du mal à savoir qui elle est (« rien de ce que je fais ne se voit »), et à retrouver le chemin de l’écriture (« J’écris / comme on entretient un feu / pour qu’il ne s’éteigne jamais / mais la flamme est si petite / qu’on ne peut la voir que dans la nuit la plus noire »). « Pour faire le chemin » qui mène à qui l’on est, sans doute faut-il du temps, et beaucoup de patience : « Le grand arbre est au milieu du jardin / c'est une chose simple / les saisons passent l'une après l'autre / Il faut à l'arbre beaucoup de temps pour vivre / les saisons passent / une voix d'enfant dans la maison m’appelle ». C’est ce chemin intérieur qui est décrit, ou plutôt suggéré, à la manière des impressionnistes. L’emprunter aide sans doute à se réapproprier l’instant : « Parfois cependant / maintenant est à moi / de cela, je suis sûre / de cela seulement / maintenant se respire et se boit / je m'y baigne et je m'y repose ».

Festival des Livres d'en haut à Lille, 04.10.25Festival des Livres d'en haut à Lille, 04.10.25

Festival des Livres d'en haut à Lille, 04.10.25

Écrivaine et traductrice, Camille Zabka est originaire de l’Artois. Professeure agrégée de lettres pendant dix ans, elle se consacre désormais à l’écriture. Elle a publié deux romans aux éditions de L’Iconoclaste. Parfois je me dis que tout ira bien est né lors d’une résidence soutenue par le Centre national du Livre (CNL) à la Maison de la Poésie des Hauts-de-France à Beuvry (62), en mai 2024.

Le recueil a été édité en septembre 2025 par Méli Mélo, la maison d’édition créée il y a une dizaine d’années par des étudiants et enseignants du BUT Information communication, option Métiers du Livre de Tourcoing. Imprimé sur les presses de l'imprimerie de l'université de Lille (sur un papier recyclé à base de canne à sucre !), il figure dans la collection Hestia - déesse du foyer, de la famille, du feu sacré et de la vie domestique dans la Grèce antique -, qui vise à rassembler des textes écrits au cours de résidences à la Maison de la Poésie. L’image de couverture est signée Waii Waii, (Marion Pédebernade), illustratrice installée en haut du mont Cassel (Nord).

 

 

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