Emmanuel ouvre les yeux. L'heureux élu s'intitule Le Livre. Par un certain Albert Cée. Illustre inconnu. C'est bien. C'est très bien. C'est parfait, même. Emmanuel le feuillette, l'observe. Et il découvre avec horreur que ce livre, il ne l'a pas lu. Lui qui lit tout... Comment est-ce possible ? Son premier mouvement est de le reposer, d'en choisir un autre. Mais ce serait tricher. Ce serait une injure au hasard. Il pourrait aussi s'asseoir et le lire. Mais il n'a plus le temps. Les jurés attendent la liste. Il est déjà en retard. Non, la seule solution est de suivre son impulsion jusqu'au bout. Geste. Hasard. Désinvolture. Surréalisme. Allez tous vous faire foutre. Parfait.

Le Quart d’heure de lecture national #10marsjelis proposé par le Centre national du livre, c’est aujourd’hui.

Pour cette édition, j’ai choisi L’Inlu de Nicolas Jaillet, un savoureux petit livre à la couverture kraft, soigneusement cousu et publié par Ours éditions (34150 Puéchabon).

C’est le parcours d’un livre, justement, qui nous y est conté. De sa naissance… jusqu’au pilon dont on évite de prononcer le nom. L'ouvrage circule à travers les différents maillons de la fameuse chaîne du livre dont tous les acteurs qui collaborent bon gré mal gré, s’accordent au moins sur un impératif : il faut que les gens lisent. Ou en tout cas, qu’ils achètent des livres, ce qui - Nicolas Jaillet en fait la brillante démonstration - est un peu différent !

L’auteur Albert Cée, Delphine Fargue son éditrice chez Dupilon, l’assistant d’édition, le stagiaire de troisième, la correctrice, le président du jury du Prix Karamazov, la critique de l’émission radiophonique dominicale La paille et la poutre, le libraire, la cliente… chacun joue sa partition pour la survie de l’écosystème dont Nicolas Jaillet analyse parfaitement (égratignant les uns et les autres au passage), les rouages, les contraintes et les absurdités. J’ai lu L’Inlu, je n’ai pas été déçue !

L'Inlu de Nicolas Jaillet #10marsjelis L'Inlu de Nicolas Jaillet #10marsjelis
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