Rencontre avec Laëtitia Déprez
Des Livres et Nous s'installe à l'Antidote Café avec Laëtitia Déprez, journaliste à Amiens, qui nous parle de son premier roman Le Mal vous va si bien, publié aux Éditions Myriapode.

Le mal vous va si bien met en scène deux personnages que tout oppose ou presque. Louis est un patron austère, cynique et renfermé sur lui-même. Sa secrétaire Dominique est une noctambule pétillante et chaleureuse qui croque la vie à pleines dents. Ils se côtoient chaque jour, et vivent l'un près de l'autre dans une indifférence réciproque parfois teintée de mépris ou de sarcasme.
Lecteur est en immersion dans l'esprit de chacun de ces personnages lorsque tout bascule pour eux. Car Laëtitia Déprez a l'excellente idée de nous proposer deux narrateurs pour une même histoire. Deux regards et deux voix qui s'expriment tour à tour sur une situation de crise, que Louis et Dominique vont traverser ensemble, bien malgré eux.
C'est le moment où la schizophrénie de Louis prend le contrôle de la vie bien réglée qu'il s'était construite jusqu'alors. C'est le moment où il s'enferme dans une réalité qui lui est propre. C'est le moment où Dominique se retrouve face à un patron qu'elle ne connaissait pas : un être humain. Mais un être humain dont la raison et les repères vacillent.
Laëtitia Déprez réussit, malgré la gravité du thème choisi, à éviter la pesanteur et à introduire de la légèreté dans cette histoire, grâce à la personnalité de Dominique et au décalage entre les deux personnages. Le lecteur omniscient s'amuse souvent du regard que l'un porte sur l'autre et des non-dits qui persistent au sein de ce curieux tandem.
Cet ouvrage pose également de nombreuses questions sur la spiritualité et la fragilité des individus, ainsi que sur la maladie mentale à laquelle chacun peut être exposé. Le décor, planté dans une grande ville où les êtres se croisent sans se parler, où le lien social s'est étiolé, et où multitude rime avec solitude, accroît le sentiment d'angoisse que le lecteur partage avec Louis.
Les personnages sont attachants et à la fin du livre, on se dit que l'on aimerait bien refaire un petit bout de chemin avec eux, et savoir si Louis finalement a vaincu ses démons...
Il y a encore quelques jours, j'aurais certainement changé de place pour m'éloigner de ce signe de vie, de cette larme et de cette femme. J'aurais encore une fois voulu m'enfermer dans mon monde, dans mon moi... Ce rêve ou ce cauchemar dérègle ma vie. Je ne veux pas savoir! Ne croquez pas la pomme! Le savoir, c'est la fin du paradis. Je n'ai jamais voulu que les gens s'intéressent à moi et en échange, je ne m'intéressais pas à eux. C'était facile, c'était mon paradis. Je veux retrouver mon indifférence qui me protégeait de tout. Je veux être invisible, aveugle et invisible.


