Retour sur le 27e Salon du Livre de Bondues
02 avr. 2026Le 27e Salon du livre de Bondues (Nord) s’est déroulé les 28 et 29 mars 2026 à l'Espace Poher. Près de 250 auteurs et autrices participaient à la manifestation qui attire plus de 15 000 visiteurs. A quelques kilomètres de la frontière belge, la petite commune de 10 000 habitants qui fait partie de la Métropole européenne de Lille, devient chaque année le temps d’un week-end, un rendez-vous incontournable pour les amoureux des livres. Parmi les auteurs invités, quelques « têtes d’affiche » : Virginie Grimaldi, Franck Thilliez, Mélissa Da Costa, Serena Giuliano, Lorànt Deutsch… ont drainé un large public. Mais les 3000 m² du salon offrent l’occasion de découvrir un panel d’univers littéraires très variés, aussi bien sur les stands que lors des rencontres ou ateliers proposés.
Le 28 mars, j’ai eu le plaisir d’animer dans l’Espace Forums un entretien avec Valérie Paturaud au sujet de son troisième roman, L’enseveli (Les Escales, 2025). Ce livre raconte avec acuité le lien fraternel qui se tisse entre « deux amis de douleur » pris dans la tourmente de la Première Guerre mondiale : Abel Chagnac, soldat originaire de la Drôme blessé aux jambes et Adrien Delaitre, l’enseveli, médecin lyonnais défiguré par un tir d’obus. Tout les sépare socialement, et Adrien ignore lorsqu’il se retrouve le voisin d’Abel à l’hôpital militaire, que ce dernier lui a sauvé la vie.
Ils ont tous peur de crever. Mourir, oui, ils le savent bien, mais crever, les mouches, les totos gros comme des lièvres et les vers pour finir, ça, ils peuvent pas s'y faire. Alors quand Abel l'a vu... Le gars ne bougeait plus. Le corps enseveli, comme bordé par une épaisse couverture. Cette terre-là, brune, grasse et collante, son frère Maurice l’aurait bien aimée, une terre riche de promesses, devenue charnier.
Entre les deux hommes, un dialogue singulier se noue - « leurs mille et une nuits » - au cours duquel Adrien demande à Abel de lui parler de sa vie, et ne pouvant lui-même s’exprimer oralement, répond en écrivant dans les pages d’un cahier. Peu à peu, chacun se livre dans la langue qui est la sienne (Valérie Paturaud a remarquablement travaillé cet aspect), revient à « l’enfance qui colle aux sabots », partageant avec son voisin le passé… enseveli. « Pour Abel, qui avait si peu lu, c’était une sacrée découverte. Cela lui plaisait, il attendait le carnet qui voyageait de plus en plus souvent, franchissant la barrière du paravent comme celle invisible entre les deux hommes si différents. » L’ouvrier de tannerie syndicaliste et le bourgeois infectiologue ont d’ailleurs plus en commun qu’ils ne l’imaginaient. Autour d’eux, une galerie de personnages féminins attachants : mère, épouse, infirmière, fille… témoigne de la profondeur des liens, et de la violence à laquelle sont soumises les femmes, elles aussi percutées par la guerre.