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L’AR2L Hauts-de-France (Agence régionale du Livre et de la Lecture) organisait jeudi 9 septembre 2021 une conférence de presse en ligne à l’occasion de la rentrée littéraire "pour échanger sur les initiatives autour du livre en région et faire le point sur l’impact de la crise Covid sur l’écosystème du livre". Une dizaine de personnes ont assisté à ce rendez-vous auquel étaient invités : Dominique Brisson, autrice et éditrice aux éditions Cours toujours Frédéric Beauvisage, président de l’association Libr’Aire et gérant de la librairie Cap Nord à Arras Johan Leynaud, auteur-illustrateur jeunesse Aurélie Olivier, directrice du festival Littérature, etc. Charlotte Raimond, éditrice chez Ankama éditions. La rencontre était modérée par François Annycke, nouveau coordinateur de l’AR2L Hauts-de-France et directeur de l’association Colères du présent. Elle sera prochainement disponible en ligne.

Les différents intervenants sont revenus sur l’impact que la crise sanitaire a pu avoir sur leurs activités respectives. François Annycke a souligné la résilience des différents acteurs de l’écosystème du livre en Hauts-de-France qui proposent une quarantaine de manifestations littéraires entre septembre et la fin de l’année 2021. Selon l’étude Sortie de crises : Tour d'horizon du secteur du livre dans les Hauts-de-France un an après l'émergence de la pandémie de Covid 19 et pistes de réflexion pour un avenir partagé réalisée par Tara Lennart, journaliste et militante du livre, et publiée par l’AR2L (à lire ICI), sur 103 manifestations littéraires prévues en 2020, 41 ont été annulées ou reportées. Il était essentiel que ces évènements qui dynamisent l’ensemble de la chaîne du livre puissent se dérouler à nouveau.

Pour Johan Leynaud, auteur-illustrateur jeunesse "le temps du covid a été un temps de contrastes, avec des mauvaises nouvelles mais aussi des rebonds." Sa série DOU (Sarbacane) dont le dernier album, DOU se couche tout seul, est paru en septembre 2020, va sûrement prendre fin mais il s’est lancé dans un nouveau projet chez Actes Sud junior. Lauréat en 2020 de l’opération "Un voyage à Bologne" organisée par la Charte des auteurs et illustrateurs pour la jeunesse, qui permet aux gagnants de participer au premier salon professionnel mondial de l’édition jeunesse, il a dû se contenter de rendez-vous virtuels avec les éditeurs puisque la foire s’est déroulée au format numérique en 2020 et 2021. Des contacts prometteurs ont cependant été noués. L’arrêt des interventions scolaires auprès des petits a pesé sur son activité mais il reconnaît que grâce aux aides publiques, il a pu traverser la crise correctement : "je m’en sors bien, d’autres collègues ont eu beaucoup moins de chance."
 

La crise, et après ? Paroles de professionnels du livre en Hauts-de-France

De son côté, Dominique Brisson a connu une phase de sidération au début de l’épidémie qui l’a empêchée d’écrire. Les éditions Cours toujours se sont retrouvées à l’arrêt. Entre mars et mai 2020, seulement deux exemplaires ont été vendus en direct ! "Nous avons absolument besoin de la prescription des libraires pour vivre et que les lecteurs voient et touchent nos livres." L’éditrice se réjouit du soutien des médiathèques qui ont œuvré pour le maintien des interventions ou pour la rémunération des prestations annulées. Le bilan de cette période n’est pas négatif pour Cours toujours : "Cela nous a donné un temps formidable pour réfléchir à notre place qui est difficile à trouver". Auparavant autodiffusée, la petite structure s’est associée avec quatre maisons d’édition indépendantes de la région (Pera, Obriart, Vous êtes ici, Les Venterniers) au sein de Tonique Diffusion, un nouvel outil commun qui emploie une représentante pour la diffusion des catalogues auprès des libraires. Terrils tout partout de Fanny Chiarello, paraîtra chez Cours toujours dans la collection  "La vie rêvée des choses", le 12 octobre prochain.
 

La crise, et après ? Paroles de professionnels du livre en Hauts-de-France

Charlotte Raimond est éditrice chez Ankama éditions qui publient mangas et bandes dessinées. Ankama est à l’origine une société de développement de jeux vidéo (Dofus, Wakfu) installée à Roubaix. Créée en 2006, la filiale édition emploie sept personnes dont deux éditrices. C’est le puissant groupe Média Participations (Dargaud, Le Lombard, Dupuis…) qui diffuse Ankama. Selon Charlotte Raimond, "le monde de la bande dessinée n’est sans doute pas représentatif du reste de l’édition, il prend énormément d’ampleur grâce au manga qui se développe de manière considérable." En 2020, l’entreprise a choisi de reporter un certain nombre de titres et de limiter les parutions aux plus vendeurs. L’engouement du retour en librairie a profité au secteur : sur le plan national, les ventes de BD ont progressé de 9 % en 2020, les ventes de mangas de 18 % ! Fin août 2020, les éditions Ankama ont publié (dans le stress !) un roman graphique de science-fiction de Mathieu Bablet : Carbone & Silicium qui a reçu un très bel accueil, et le Prix BD Fnac France inter.
 

La crise, et après ? Paroles de professionnels du livre en Hauts-de-France

Président de l’association Libr’Aire et gérant de la librairie Cap Nord spécialisée en bande dessinée à Arras, Frédéric Beauvisage assimile la période de crise à "un très violent ascenseur émotionnel". Il confirme que le secteur de la librairie a été bien accompagné par les pouvoirs publics et que ce sont les grosses structures qui ont traversé plus difficilement cette phase (selon l’étude Sortie de crises : le CA moyen d’une librairie indépendante se situe autour de 350 000 € dans la région qui en compte 88 pour six millions d’habitants). L’association Libr’Aire a beaucoup travaillé en 2020 à l’accompagnement - sur le plan financier notamment - du tiers de ses adhérents qui n’était pas encore équipé d’un site Internet, outil indispensable en particulier en temps de crise.
 

La crise, et après ? Paroles de professionnels du livre en Hauts-de-France

Samedi 11 et dimanche 12 septembre 2021 aura lieu au Bazaar St-So de Lille la première édition du Festival des livres d’en haut portée par sept libraires de l’association. Un "numéro zéro" spécial bande dessinée (BD franco-belge, comics, manga) et littérature jeunesse qui rassemblera une soixantaine d’auteurs. Tables rondes, ateliers, expositions, dédicaces… sont au programme de l’évènement dont l’entrée est gratuite. Les éditions Ankama y seront représentées.

Ce projet de création d’un festival ambitieux à Lille intra-muros, pour marquer la rentrée littéraire, était en réflexion au sein de l’association Libr’Aire depuis dix ans. "Nous l’avons décidé en conseil d’administration au mois de mars, malgré les difficultés, l’incertitude sur la présence des auteurs, et sans subventions alors, puisque les dossiers de demande étaient bouclés." Six mois de préparation intenses ont été nécessaires afin que ce rendez-vous puisse voir le jour. Il ne s’agit pas, pour ce festival, de s’inscrire en opposition avec ce qui existe déjà sur le territoire : "il va se faire avec", insiste Frédéric Beauvisage qui rappelle le travail remarquable des associations culturelles comme On a marché sur la bulle, organisatrice des Rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens.

La crise, et après ? Paroles de professionnels du livre en Hauts-de-France

Autre festival en préparation : Littérature, etc. prévu à Lille, dans la Métropole lilloise et dans le Pas-de-Calais du 24 septembre au 9 octobre 2021 sur le thème "Rituels". De nombreux formats de rencontres sont proposés : lectures, performances, concerts dessinés, journée professionnelle, ateliers, exposition… En 2020, les organisateurs ont dû attendre la veille du festival qui devait se tenir à partir du 7 octobre, pour avoir l’autorisation préfectorale de le maintenir ! Aurélie Olivier, la directrice de l’association Littérature, etc. se souvient d’une période compliquée et de l’énergie qu’il a fallu déployer pour adapter l’ensemble des propositions au respect du protocole sanitaire, avec un couvre-feu à 20 heures… Cette année, elle a choisi de limiter la présence des artistes internationaux pour simplifier les choses.

Parmi les autres actions portées par l’association Littérature, etc. créée en 2013 : Les Parleuses sont des "séances de bouches à oreilles pour propagation du matrimoine littéraire" en Île-de-France et dans les Hauts-de-France. Elles se déclinent sous la forme d’ateliers d’écriture, d’ateliers de lecture et de lectures-podcasts. C’est après le week-end des Parleuses en septembre 2020 au Festival Extra ! du Centre Pompidou, qu’Aurélie Olivier a imaginé l’ouvrage collectif Lettres aux jeunes poétesses, paru aux éditions de L’ Arche le 20 août dernier. Ont participé à ce recueil "Vingt et une poétesses, musiciennes, slameuses : Une armée de guerrières, agentes de leurs propres désirs, qui avance, prend la parole, confie ses combats et délivre la poésie de ses représentations traditionnelles." À découvrir absolument.

 

 

Tag(s) : #Journalisme - rédaction

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