Les jeunes Français et la lecture en 2026Les jeunes Français et la lecture en 2026

Ce mardi 14 avril 2026, le Centre national du livre a dévoilé en visioconférence les résultats de son étude « Les jeunes Français et la lecture » confiée à Ipsos bva, sur les pratiques des jeunes de 7 à 19 ans en matière de lecture. Cette étude dont la première édition date de 2016, a porté sur un échantillon de 1500 jeunes. La rencontre était animée par le journaliste David Abiker, présentateur de la matinale de Radio Classique, en présence de Régine Hatchondo, présidente du CNL et d’Étienne Mercier, directeur Santé Public Affairs et Alice Tétaz, directrice de clientèle Public Affairs chez Ipsos bva.

Parmi les grands enseignements de cette étude que David Abiker résume ainsi « Ça va mal, mais c’est pas pire ! », 84 % des répondants déclarent lire pour l’école ou le travail et 81 % dans le cadre de leurs loisirs, comme en 2024. Ils lisent d’abord pour se détendre (48 %), se faire plaisir (47 %) et s’occuper (42 %). 1/3 des 16-19 ans sont toujours non-lecteurs. On observe une érosion du temps de lecture chez des populations qui habituellement lisent le plus : les filles, et les 7-12 ans. Ce temps de lecture diminue aussi chez les CSP+. Autre sujet de préoccupation : quand ils lisent un livre pour l’école, les études ou le travail, les plus âgés (pour qui les enjeux sont importants sur le plan scolaire) éprouvent plus de difficulté à lire et à comprendre que les plus jeunes.  

Les jeunes Français et la lecture en 2026Les jeunes Français et la lecture en 2026

Dans le cadre de leurs loisirs, les jeunes Français consacrent en moyenne 18 minutes par jour à la lecture et 3h01 aux écrans. Les écrans mobilisaient les jeunes 3h11 en 2024 et 3h07 en 2022. Les garçons sont nettement moins lecteurs que les filles : leur pratique de la lecture diminue dès 13 ans, pour n’atteindre que 10 minutes par jour après 16 ans. Étienne Mercier interroge d’ailleurs : « comment pouvez-vous lire sérieusement un livre, et vous y intéresser quand vous passez 10 min de lecture par jour sur un support, c'est impossible ! » Aujourd’hui, les 7-12 ans consacrent quotidiennement 1h51 aux écrans, et les 16-19 ans, 5h06 (hors école/études/travail)…

L’attention des lecteurs est en outre fragmentée : 41 % font d’autres activités sur écran pendant qu’ils lisent des livres (67 % chez les 16-19 ans). Ils envoient des messages, regardent des vidéos, se rendent sur les réseaux sociaux. « Le drame, c'est que l’on a maintenant une cannibalisation des écrans même sur le temps de lecture », résume Étienne Mercier qui rappelle également que selon le Baromètre du moral des adolescents publié en 2025 par Ipsos bva : un jeune sur quatre fait l’objet d’une suspicion d’un trouble anxieux généralisé.

Les jeunes Français et la lecture en 2026

Dans le cadre de leurs loisirs, seuls 29 % des jeunes lisent tous les jours ou presque. Les filles lisent d’abord des romans (sentimentaux, vie quotidienne, aventure) puis des bandes dessinées, et les garçons des BD et mangas puis des romans (aventure, SF, romans policiers). La lecture de romans s’impose surtout à partir de 16 ans. Chez les filles lisant des romans pour leurs loisirs, plus de la moitié des 13-15 ans et plus des 3/4 des 16-19 ans lisent de la romance, en particulier de la Dark romance, très présente chez les plus âgées (57 %) et en nette progression dès 13 ans (+7 pts). Ce phénomène interpelle Régine Hatchondo : « la dark romance, pour ce que j'en ai lu, ce sont des histoires « d’amour » entre guillemets, avec une très forte dominance de l'homme et beaucoup de maltraitance de la femme. C’est d’autant plus surprenant après #MeToo et alors que la parole des femmes se libère sur la maltraitance qu'elles peuvent subir. »  

Le temps de lecture partagé entre parents - les mères très majoritairement - et enfants est toujours plébiscité à 92 % par ces derniers, mais les parents lisent de moins en moins, y compris aux 7-12 ans. Régine Hatchondo insiste sur l’enjeu majeur que représente la sensibilisation des adultes sur cette question. Pour le choix des livres, les conseils des proches (cercle familial en particulier) sont déterminants à 44 % et ce qu’on en dit sur Internet, à 28 %. Les achats réguliers de livres diminuent par rapport aux années précédentes et la part du livre d’occasion continue à progresser : + 5 %. Par rapport à 2024, les jeunes fréquentent moins souvent les bibliothèques et les librairies.

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Régine Hatchondo, en poste au CNL depuis 2020, ne s’attendait pas à un tel déclin de la lecture, et s’inquiète en particulier de la fragmentation de l’attention et des difficultés de compréhension pointées par les 16-19 ans. Il s’agit de multiplier les actions qui permettent de renouer avec la lecture vécue comme un plaisir, les rencontres avec les auteurs ou la lecture à voix haute dans les classes et en famille, par exemple. Elle pense tout de même que l’on est au début d’une prise de conscience à encourager, sur les dangers de la dépendance aux écrans, et que le projet de loi visant à protéger les mineurs des risques auxquels les expose l'utilisation des réseaux sociaux, va dans le bon sens.

Lire aussi l’article : États généraux de la lecture pour la jeunesse : "Nous sommes à un tournant".

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