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Les représentations des genres dans la littérature de jeunesse d'aujourd'huiLes représentations des genres dans la littérature de jeunesse d'aujourd'hui

Samedi 4 mai 2019, une table ronde intitulée "Petites princesses vs. aventuriers ?" sur les représentations des genres dans la littérature de jeunesse d’aujourd’hui était organisée à la bibliothèque Louis Aragon d’Amiens, en clôture du cycle de conférences "Éclairages" proposé par la Maison de Jules Verne en partenariat avec l’association des Amis du roman populaire et les bibliothèques d’Amiens métropole. Le thème choisi cette année était : "Ils écrivent, elles lisent, genre ! Existe-t-il une littérature pour les filles ?".

Léa Stoltz, animatrice culturelle à la Maison de Jules Verne, Sandrine Meszaros, responsable de la section jeunesse de la bibliothèque, Florentine Nedelec, assistante édition/fabrication aux éditions de la Gouttière, Véronique Haïtse, éditrice de romans à l’école des loisirs et Sophie Lebot, illustratrice, participaient à cette rencontre.

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Dans son introduction, Sandrine Meszaros indique que la question de l’égalité filles-garçons a pris une place importante ces dernières années mais que plusieurs ouvrages ont fait date auparavant comme Du côté des petites filles (Editions des femmes, 1974) d’Elana Gianini Belotti, Histoire de Julie qui avait une ombre de garçon, de Christian Bruel et Anne Bozellec (Le sourire qui mord, 1976 rééd. chez Thierry Magnier en 2014) ou Filles d’albums (L’atelier du poisson soluble, 2011) qui interroge les représentations du féminin dans un corpus de 250 albums. Certains éditeurs comme Talents Hauts ou La ville brûle ont une démarche militante sur le sujet. En Île-de-France, le Centre Hubertine Auclert, associé à la Région pour l’égalité femmes-hommes a construit "l’égalithèque", une plateforme de ressources sur ce thème, notamment en littérature de jeunesse.

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Aux éditions de la Gouttière, maison spécialisée en bande dessinée jeunesse créée à Amiens en 2009, Florentine Nedelec explique que l’on ne revendique pas une ligne dédiée aux luttes contre les inégalités filles-garçons, mais que le sujet est traité dans les livres au même titre que beaucoup d’autres. "Nous ne créons pas de produits normés, précise-t-elle. Lorsque nous recevons des projets d’auteurs, ce sont des projets de créateurs et nous ne cherchons pas à éditer des livres sur tel ou tel sujet en particulier." Les choix des éditions de la Gouttière vont souvent vers des albums qui ont un aspect humaniste, qui portent une réflexion sur la vie contemporaine, le rapport à l’adulte et à la famille.

Dans la série Enola et les animaux extraordinaires qui remporte un franc succès à la Gouttière (tome 5 "Le loup-garou qui faisait d’une pierre deux coups" paru en février 2019), Joris Chamblain (scénario) et Lucile Thibaudier (dessin) mettent en scène une jeune vétérinaire dynamique qui prend soin de créatures fantastiques. Avec ses cheveux violets coupés courts, son caractère bien trempé et ses connaissances scientifiques, Enola est une aventurière loin des stéréotypes sexistes. Même constat concernant la série de Dominique Zay (scénario) et Greg Blondin (dessin) : Les Enquêtes « polar » de Philippine Lomar. Dans le tome 4 "total respect !" à paraître le 31 mai 2019, l’héroïne détective de 13 ans et demi va intervenir pour mettre fin aux agissements d’un homme violent : "Parce que je suis une fille, que demain je serai une femme et que je n’ai pas envie d’être la prochaine sur la liste...".   

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À l’école des loisirs, maison fondée en 1965, on ne passe pas non plus commande de sujets en particulier : "c’est la voix des auteurs, d’abord !", affirme Véronique Haïtse. En février 2019, l’éditrice a publié Renversante de Florence Hinckel, un roman pour les 8-11 ans illustré par Clothilde Delacroix dans lequel ce sont les femmes qui "pilotent" la société. Autant dire que tous les repères sont bouleversés ! C’est ainsi que "depuis la nuit des temps, ce sont les hommes qui s’occupent des enfants" et les femmes qui accèdent à la présidence de la République.

Dans le monde où grandissent les jumeaux Léa et Tom, le féminin l’emporte ainsi sur le masculin et les héros sont tous des héroïnes : Astéria et Obéline, Titine, Jamie Bond… ! (Voir ICI la frise chronologique renversante). "Je ne voulais pas que ce roman soit un pamphlet mais qu’il raconte une histoire, explique Véronique Haïtse. Florence Hinckel ne tombe pas dans la caricature et ne se moque jamais." Sa démonstration pleine d’humour est en tout cas diablement efficace !

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En préambule de son intervention, Sophie Lebot prévient : "je suis la traître ! Je travaille beaucoup sur les princesses. Je contribue à faire des albums estampillés « filles » mais ils plaisent aussi aux petits garçons." Dans la bibliographie de l’illustratrice qui a publié une centaine de livres, on trouve certes des livres de princesses - dont le splendide La princesse de l’aube (Ed. de La Martinière, 2017) avec Sophie Bénastre - mais il y aussi beaucoup de contes classiques, des documentaires…

"Ce n’était pas une stratégie d’aller vers la jeunesse. Je me réfugie dans le papier et les crayons depuis que je suis toute petite. Pour vivre du dessin, il y avait ce créneau. Mon univers est assez féminin, précieux, mais je ne calcule pas ce qui sort", observe-t-elle, en reconnaissant cependant que "pour beaucoup de gros éditeurs, le livre est un produit marketing comme les autres, et que les princesses : c’est vendeur !" On attend d’ailleurs de jolies princesses aux cheveux longs… Sophie n’est pas militante à travers ses ouvrages, mais elle se pose des questions, notamment sur le caractère très ethnocentré de la production éditoriale. Comment un enfant issu de la diversité peut-il se retrouver dans les livres ?

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Lors des salons du livre auxquels participent les éditions de la Gouttière, Florentine Nedelec note que les adultes ont du mal à acheter aux garçons des albums dont l’héroïne est une fille, et inversement… Quel que soit l’ouvrage que les enfants sont en train de feuilleter, d’ailleurs. Les intervenantes sont toutes d’accord pour reconnaître qu’il y a encore beaucoup à faire pour l’égalité filles-garçons, y compris au niveau des représentations.

Pour autant, les choses évoluent, en partie grâce aux auteurs qui (hommes ou femmes) s’emparent de ces questions. Inutile de le leur imposer ou d’en venir à employer comme aux États-Unis, des sensitive readers qui passent les livres au crible pour s’assurer qu’ils ne contiennent pas de propos sexistes, racistes, homophobes etc. "Les auteurs vivent dans le même monde que nous et ces préoccupations se retrouvent dans leurs ouvrages. Mais le livre, c’est du plaisir, ce n’est pas un médicament", rappelle Véronique Haïtse.

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Pour Sophie Lebot, il faut prendre garde à ne pas basculer dans l’hystérisation et à privilégier le vivre-ensemble. On se souvient du lynchage sur les réseaux sociaux et de la pétition (142 000 signatures) lancée en mars 2018 contre On a chopé la puberté (Milan) de Séverine Clochard et Mélissa Conté illustré par Anne Guillard. Un déferlement de colère qui avait poussé l’éditeur à ne pas réimprimer le livre. Dans la salle, deux hommes prennent la parole tour à tour, estimant que le ras-le-bol du sexisme exprimé par certaines femmes, parfois violemment, est tout à fait légitime.

Une heure trente de débat ne suffiront pas à épuiser un sujet aussi sensible. La création littéraire a un rôle important à jouer dans l’évolution des perceptions et il faut faire confiance aux auteurs pour y travailler. Bien d’autres acteurs ont aussi à s’impliquer pour que l’égalité femmes-hommes advienne dans notre société : parents, élus, enseignants, professionnels de la culture ou de la communication… Il va de soi que c’est l’affaire de tous.

Tag(s) : #Coups de coeur et curiosités

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